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Redécouvrir le Louvre, sur les traces de onze artistes

Le critique d’art et commissaire suisse Hans Ulrich Obrist, figure du don d’ubiquité du monde de l’art contemporain, réactive à sa manière une lecture adolescente. C’est lors d’un voyage scolaire à Paris, alors qu’il était lycéen, au milieu des années 1980, qu’il achète la fascinante Les Dialogues du Louvre, de l’historien de l’art Pierre Schneider (1925-2013), où il décrit ses promenades et discussions à travers le musée, en 1971, avec onze artistes de son temps, dont Alberto Giacometti, Marc Chagall, Joan Miro ou encore Pierre Soulages. Giacometti, qui avait «presque tout le Louvre dans la tête, pièce par pièce»a notamment donné sa vision de l’art comme « une école de vision ».

Ce sera son initiation au Louvre, son  » manuel «  du musée, où il passera une journée entière à modeler son parcours sur celui de chacun des artistes. Une quarantaine d’années plus tard, Obrist propose de renouveler l’expérience avec Les Conversations du Louvre (Seuil/Musée du Louvre, collection « Fiction & Cie », 176 pages, 20,90 euros) et onze artistes d’aujourd’hui, de toutes générations, dont cinq femmes – quand le livre de Pierre Schneider n’en comptait qu’une, l’artiste portugaise Maria Helena Vieira da Silva (1908-1992). Entre-temps, le Louvre lui-même a évolué : il n’abritait qu’environ 25 000 œuvres au début des années 1970, contre près de 500 000 aujourd’hui, avec en prime de nouveaux départements.

Ces entretiens déambulatoires entre Obrist et les artistes dans le Louvre vide se prolongent par des visites exceptionnelles (sur réservation), par les artistes eux-mêmes, dans le cadre de la programmation contemporaine du musée, orchestrée par Donatien Grau. Si aucune approche ne ressemble aux autres, il est frappant de constater que la majorité des artistes choisissent de s’arrêter devant un tableau d’Eugène Delacroix, et surtout devant Scènes des massacres de Scio (1824), l’une des peintures du Louvre préférées d’Anselm Kiefer, qui représente le massacre en 1822 des populations grecques de l’île par l’armée turque. L’artiste allemand confie également qu’il revient souvent regarder les mêmes tableaux, dont une petite aquarelle, La barricade (1848), d’Ernest Meissonier, ami de Delacroix, qui représente une rue jonchée de cadavres de révolutionnaires.

Kader Attia s’arrête devant Femmes d’Alger dans leur appartement (1834), considérant paradoxalement ce tableau comme « un cri de douleur » face à la modernité, « une tentative, pour Delacroix, de s’accrocher à un monde qui disparaît. A la pointe de la révolution industrielle, le peintre crée une atmosphère feutrée où le cours du temps semble s’être arrêté. ». Plus loin, face à l’opulence de l’art baroque, il parle du fantôme de l’esclavage, qui le nourrit au creux, en évoquant son « beauté douloureuse ».

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Lemonde Arts

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