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Se connecter à Manawan |  Québec admet sa responsabilité, les Atikamekw crient au scandale

Québec reconnaît sa responsabilité dans les coupes dans l’érablière d’une famille Atikamekw de Manawan en conflit ouvert avec une scierie de Saint-Michel-des-Saints depuis près de 100 jours.

Posté à 5h00

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Vincent Larine
La presse

La famille Dubé dénonce pour sa part un rapport « scandaleux » dans lequel le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) exonère la Scierie St-Michel, à l’origine des travaux, de toute charge ou compensation.

C’est ce qui ressort d’un rapport tant attendu dans lequel Québec reconnaît que la source du conflit devenu emblématique dans la lutte des Atikamekw pour la conservation de leur territoire ancestral, le Nitaskinan, est le « résultat involontaire de brèches successives sur la partie des parties prenantes impliquées ».

Le ministère lui-même reconnaît sa faute et pointe également du doigt la Scierie St-Michel et, dans une moindre mesure, le Centre de ressources territoriales de Manawan (CRF).

un oubli

Cependant, ces carences sont survenues à la suite de nombreuses réunions « d’harmonisation » – un mécanisme prévu dans le Loi sur l’aménagement durable des forêts qui oblige Québec à consulter les Premières Nations pour établir les zones de coupe sur leurs territoires – de 2016 à 2018, indique le rapport d’une vingtaine de pages obtenu par La presse.

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PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Vue aérienne d’une zone d’exploitation forestière entre Saint-Michel-des-Saints et le kilomètre 60 du chemin Manawan

C’est lors d’une de ces rencontres que les Dubé ont demandé « le retrait de la planification de récolte de l’érablière ainsi que des chemins qui la traversent », une demande « claire », reconnaît le MFFP. S’ensuit un échange complexe de cartes montrant l’exploitation forestière à effectuer dans le secteur.

Cependant, dans la dernière de ces versions, produite par la Scierie St-Michel et transmise au MFFP et au CRF, un chemin forestier traversait l’érablière.

Le MFFP aurait […] devait s’assurer que ce réseau modifié n’entrait pas en conflit avec les mesures d’harmonisation convenues pour le site, mais il ne l’a pas fait.

Le Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs dans son rapport

Mais « comme les travaux de construction de routes effectués par la Scierie St-Michel inc. dans l’érablière ont été préalablement autorisés par le Ministère […]aucun problème de sanction ou d’infraction en rapport avec le non-respect du planning ne pourra être envisagé […] conclut Québec dans son rapport.

Un rapport « scandaleux »

Dans une lettre adressée au ministre des forêts, Pierre Dufour, et que La presse également obtenue, la famille Dubé qualifie le rapport de « parfaitement symptomatique de pratiques favorables au fait accompli ».

Tout en reconnaissant « noir sur blanc l’oubli » du MFFP et la faute de la Scierie [St-Michel], […] l’un et l’autre [sont dispensés] de toutes charges et indemnités à l’égard de notre famille », déplorent deux frères et une sœur de la famille Dubé, Henri, Jean-Jacques et Annette.

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PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Vue aérienne de la Scierie St-Michel, à Saint-Michel-des-Saints

« D’une manière ou d’une autre, notre présence sur les territoires ancestraux et nos droits sont perçus dans le cadre des activités forestières comme une formalité à éclipser. Ce rapport en est une preuve supplémentaire », poursuivent-ils.

Selon eux, le MFFP aurait dû reconnaître « ostensiblement et crûment » sa « pleine erreur ». Ils regrettent également de se retrouver « avec des dégâts qui ne sont mentionnés d’aucune façon ».

D’un point de vue occidental, la perte de quelques arbres sur une longueur de 500 mètres, une largeur de 20 mètres est une anomalie qui gâche un peu le paysage. Du point de vue d’une famille Atikamekw Nehirowisiw, c’est la perte d’un patrimoine culturel qui n’a rien à voir avec le simple patrimoine.

Extrait d’une lettre adressée par la famille Dubé de Manawan au ministre Pierre Dufour

Le Conseil Atikamekw de Manawan a récemment décidé de prolonger son moratoire sur l’exploitation forestière sur le territoire ancestral revendiqué par sa communauté, les Nitaskinan, un message qui signifie l’extension du blocus au kilomètre 60, selon une source proche du dossier.

Craintes d’affrontements

De son côté, le PDG de la Scierie St-Michel, Jean-François Champoux, se réjouit des conclusions du rapport du MFFP, qui ne lui impose pas de sanctions directes, tout en déplorant le retard dans la publication du rapport.

Cela n’a aucun sens. Vous ne pouvez pas attendre 70 jours, car c’est une affaire très médiatisée. Ce n’est pas amusant pour nous ou pour les familles non plus.

Jean-François Champoux, PDG de la Scierie St-Michel

Avec plus de 500 emplois en jeu si son entreprise ne reprend pas les coupes, il réitère qu’il entend relancer ses activités dans le secteur à partir du 6 juin prochain après une pause forcée par le dégel printanier.

Même si le territoire au-delà du blocus du kilomètre 60 représente les deux tiers de son territoire d’activité, Jean-François Champoux estime pouvoir limiter pour l’instant les activités de sa scierie dans le sud jusqu’au milieu de l’été.

D’ici là, il veut donner la chance aux Atikamekw de Manawan de se faire entendre par le gouvernement. « Nous, tant que le blocus restera au kilomètre 60, nous le respecterons et nous ferons tout pour qu’ils soient entendus. Mais si le blocus change de place et va plus au sud, et je ne veux vraiment pas que cela se produise, mais avec plus de 500 emplois en jeu dans la Matawinie, j’ai vraiment peur qu’il y ait des heurts », conclut-il.


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