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Trois meurtres en 24 heures |  Pourquoi le suspect est-il « tombé entre les mailles du filet » ?

Manque de ressources et d’outils, faible soutien aux familles, travail en silos : il y a plusieurs raisons pour lesquelles Abdulla Shaikh, le suspect des trois homicides qui a été abattu par la police de Montréal jeudi, est « passé entre les mailles du filet ». S’il faudra du temps pour le déterminer avec précision, un tel événement appelle à « entamer un dialogue sérieux » sur la qualité des soins de santé mentale, estiment les experts.

Posté à 5h00

Trois meurtres en 24 heures |  Pourquoi le suspect est-il « tombé entre les mailles du filet » ?

Henri Ouellette-Vézina
La presse

« On dit souvent que le problème, c’est le système, mais en fait ce sont les systèmes : la santé, la communauté, la première ligne, et même nos capacités dans nos communautés à soutenir les gens qui ont des problèmes de santé et leurs familles, il faut parlons-en », dit Anne Crocker, professeure spécialisée en santé mentale au département de psychiatrie de l’Université de Montréal.

Selon des documents judiciaires, Abdulla Shaikh a reçu un diagnostic de schizophrénie et de traits de personnalité narcissiques et antisociaux, entre autres. En 2016, il a été accusé, entre autres, d’agression sexuelle et armée. Son procès était prévu en janvier prochain, à Laval.

Dans une autre affaire de méfait en 2018, il a été déclaré non responsable criminellement. Il était depuis suivi en psychiatrie et avait été hospitalisé jusqu’en 2021. Son état nécessitait un examen annuel par la Commission de révision des troubles mentaux, dont le dernier a été réalisé en mars 2022.

Selon nos informations, le suspect avait été hospitalisé au moins une fois à l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel. Un psychiatre avait également jugé en mars dernier qu’il représentait « toujours un risque important pour la sécurité publique ».

Pour le Dr Pour Mathieu Dufour, chef du service de psychiatrie à l’Institut Philippe-Pinel, le processus d’examen des troubles mentaux reste un processus « qui fonctionne bien ». « La plupart du temps, lorsque nous recommandons la libération conditionnelle, ce que nous offrons est sans danger », dit-il, ajoutant que le taux de récidive est faible.

« Cet homme était encore sous la commission des examens », ajoute-t-il en parlant du suspect, qui devait normalement revenir dans cette instance en mars 2023, comme le veut le protocole. «Il va y avoir différentes enquêtes. Il faut attendre les faits pour vraiment savoir ce qui s’est passé, et voir ensuite s’il faut revoir le fonctionnement du système. […] S’il y a des choses qu’on peut apprendre, que ce soit dans le cas de M. ou dans le système en général, on en tiendra compte », assure le Dr Du four.

Avons-nous vraiment « tous les moyens » ?

Selon Anne Crocker, il est clair qu’au Québec – et ailleurs – on « n’a pas toujours tous les outils pour identifier le potentiel d’action, à chaque étape des soins de santé ».

« L’une des choses liées à cela, et je pense qu’on l’oublie souvent, c’est l’énorme fardeau qui pèse sur les familles qui doivent y faire face. Nous avons encore très peu de services pour agir auprès des proches, lorsque la personne a des problèmes d’agressivité ou d’impulsivité qui commencent à réapparaître. Il y a toujours une part d’inconnu, des situations qui peuvent se déclencher spontanément, mais il faut se demander si on met tout en place pour accompagner la réduction potentielle des événements dramatiques », insiste l’expert.

La psychologue Georgia Vrakas, du département de psychoéducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), se dit « pas surprise » qu’Abdulla Shaikh « soit passé entre les mailles du filet, comme bien des gens ».

Il faut vraiment savoir ce qui s’est passé après l’examen, en mars 2022. S’il a été laissé seul comme ça « dans la nature », c’est très problématique.

Georgia Vrakas, psychologue

« Ses besoins étaient sûrement très élevés, et il avait de sérieux problèmes. Il y avait quelque chose d’important. On ne vous garde pas pour rien chez Pinel », ajoute Mmoi Vrakas, rappelant que les équipes d’intervenants mobiles, comme on en trouve dans plusieurs CIUSSS, sont souvent la « meilleure façon » d’intervenir auprès des délinquants aux prises avec des problèmes de santé mentale qui sont mis en liberté.

« Resserrer » les mesures ?

Vendredi, le premier ministre François Legault a demandé pourquoi Abdulla Shaikh avait « été libéré » alors qu’il était « déjà visé » par des accusations et avait des problèmes de santé mentale, évoquant un possible « renforcement » des mesures de surveillance.

« Je suis content qu’on se soit débarrassé de ce type. Et là, il faut aussi voir ce qui s’est passé, car étant donné que c’était quelqu’un qui était déjà visé, pourquoi a-t-il été libéré ? Faut-il serrer… ? Je suis quand même content avec le travail qui a été fait par la police. Ils ont agi rapidement », a déclaré le Premier ministre.

« C’est terrible ce qui s’est passé : trois meurtres gratuits. Tout d’abord, j’offre mes condoléances aux familles. Ça doit être tellement dur à encaisser. […] J’espère que ça ne se reproduira plus », a ajouté M. Legault.


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