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Troisième liaison Québec-Lévis |  Deux tunnels, 6,5 milliards et l’étalement urbain

(Québec) Le nouveau troisième lien, dont le budget est de 6,5 milliards, permettra aux villes situées à l’est de Lévis de se développer et d’attirer des résidents, affirme le gouvernement Legault. Cet étalement urbain sera difficile « à endosser », estime le maire de Québec Bruno Marchand.

Posté à 13h10
Mis à jour à 17h18

Troisième liaison Québec-Lévis |  Deux tunnels, 6,5 milliards et l’étalement urbain

Charles Lecavalier
La presse

Troisième liaison Québec-Lévis |  Deux tunnels, 6,5 milliards et l’étalement urbain

Gabriel Béland
La presse

Troisième liaison Québec-Lévis |  Deux tunnels, 6,5 milliards et l’étalement urbain

Hugo Pilon Larose
La presse

C’est ce qu’a affirmé jeudi le ministre des Transports François Bonnardel lors d’une conférence de presse de présentation de la nouvelle version du projet de tunnel autoroutier, à laquelle le premier ministre François Legault n’a pas participé. Le ministre a confirmé que l’immense tunnel à deux étages évalué à 10 milliards annoncé en mai 2021 est en train de tomber à l’eau. Contrairement à l’ancienne version qui prévoyait deux voies réservées, on misera plutôt sur une « gestion dynamique » laissant une voie au transport en commun aux heures de pointe.

Mais ce qui retient surtout l’attention, ce sont les arguments présentés par le gouvernement pour justifier le projet. M. Bonnardel et sa collègue Geneviève Guilbault, ministre responsable de la Capitale-Nationale, ne veulent pas parler d’étalement urbain. Ils utilisent plutôt les termes « revitalisation » et « rééquilibrage de l’aménagement du territoire ». Mais leur objectif est de permettre un développement accru à l’est de Lévis.

« Il y a des lois pour protéger les terres agricoles […], mais un jour, ces villes auront le droit de lever la main. Il y a des maires qui ne veulent pas forcément la densification, et qui disent : « J’aimerais juste ça, avoir la possibilité d’avoir 40 maisons de plus. La revitalisation du secteur à l’est de Lévis est un équilibre important à trouver pour les prochaines années », a expliqué le ministre des Transports, François Bonnardel. « C’est une mode, de densifier les filières », a-t-il ajouté.

Préoccupations au Québec

Le maire de Québec, Bruno Marchand, n’a pas été rassuré par la présentation. « Rééquilibrer, c’est développer l’Est comme on a développé l’Ouest. Cela signifie donc plus d’étalement urbain. Je n’ai rien contre le fait que les familles veuillent s’installer où elles veulent. L’enjeu ici est l’impact que cela a sur le transport et sur les GES, qui nous empêchent de réduire nos émissions de GES pour atteindre nos cibles. [climatiques]. « , a-t-il déclaré à l’issue du point de presse.

M. Marchand, qui n’a pas applaudi à la fin de la présentation, a déclaré aux médias qu’« il est certain que nous aurons de la difficulté à endosser un projet qui ajouterait de l’étalement urbain ».

Cette refonte du projet de tunnel autoroutier entre Québec et Lévis, promesse électorale de la CAQ, a été rendue nécessaire par « l’inflation galopante » et la pénurie de main-d’oeuvre, a déclaré le ministre des Transports François Bonnardel.

Au lieu d’un seul tunnel géant à six voies, avec une facture de 10 milliards, cette nouvelle version propose à la place deux tunnels, quatre voies et une facture de 6,5 milliards.

Troisième liaison Québec-Lévis |  Deux tunnels, 6,5 milliards et l’étalement urbain

IMAGE FOURNIE PAR LE MINISTERE DES TRANSPORTS

Le parcours de 8,3 km entre l’autoroute 20 à Lévis et l’autoroute Laurentienne à Québec est le même.

Ponts de Montréal

Peu de faits nouveaux ont été apportés lors de l’annonce, comme l’a souligné le maire de Québec. « Aujourd’hui, on nous présente une vision. Nous allons avoir besoin de preuves, nous allons avoir besoin de faits, nous allons avoir besoin de données. Beaucoup reste à démontrer. Nous applaudirons ce projet lorsqu’ils seront en mesure de répondre à nos questions », a-t-il déclaré. M. Bonnardel n’avait aucune nouvelle étude à fournir aux médias.

Il n’est pas possible, par exemple, d’avoir en main l’étude qui permet à François Legault d’affirmer que « le temps d’attente d’ici dix ans sera plus élevé au Québec que sur le pont [Samuel-De] Champlain ou sur le pont Jacques-Cartier à Montréal ».

Le document du gouvernement ressemble plus à un dépliant publicitaire. On prétend que Longueuil ne serait pas la même si le pont Jacques-Cartier et le métro n’avaient pas été construits. Le gouvernement a même créé un nouvel indicateur, le PPM : le nombre de « ponts par million d’habitants ». Montréal et ses 18 ponts sont les grands gagnants avec 8,7 ponts par million. La région métropolitaine de Québec, qui n’est pas sur une île, serait donc en déficit avec ses 2,44 PPM.

L’ingénieur Bruno Massicotte estime que la nouvelle version est préférable à celle présentée en 2020, avec son tube unique de 19,4 m. « Personne n’avait fait ça sur Terre », a déclaré M. Massicotte, qui a produit en 2016 une étude sur le tunnel Québec-Lévis à la demande du gouvernement. Cependant, l’expert de Polytechnique Montréal croit qu’un pont serait la meilleure solution pour le troisième lien et que l’étalement urbain est inévitable avec cette infrastructure. « Il favorisera l’étalement urbain sur la Rive-Sud. C’est inévitable. »

Critique de l’opposition

Les partis d’opposition ont critiqué cette nouvelle proposition, pas toujours pour les mêmes raisons. Le député de Québec solidaire dans la circonscription de Jean-Lesage à Québec, Sol Zanetti, accuse les ministres du gouvernement Legault de mentir en affirmant que le troisième maillon ne favorisera pas l’étalement urbain.

« Ils ont réussi à faire un projet qui est encore pire que le précédent, un projet qui pour faire des économies va sabrer le seul commerce qui avait un quart de millième de fraction de bon sens, les transports en commun », a-t-il dénoncé.

À l’autre bout du spectre, le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, préfère construire un pont vers l’est, moins coûteux qu’un tunnel. « La vraie nouvelle, c’est qu’ils vont retarder encore plus le projet. Nous ne pourrons pas rouler dans ce bitube, s’il est construit un jour, avant 10 ans. Ce n’est pas un bitube, ça commence à ressembler à un machin », a déclaré Duhaime.


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