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un premier test climatique pour le gouvernement

Le gouvernement présente jeudi après-midi son plan de sobriété énergétique, qui vise à réduire de 10 % la consommation énergétique de la France en deux ans. Les premières mesures publiées par la presse témoignent d’une volonté d’économiser l’énergie, mais en incitant les citoyens plutôt qu’en les contraignant.

Le gouvernement sait qu’on l’attend, alors il a mis les petits plats dans les grands : c’est en grande pompe que la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, présentera, jeudi 6 octobre, dans l’après-midi, son plan d’économie d’énergie. Ce grand rassemblement organisé au Parc des expositions de Paris, pendant plus de trois heures, réunira pas moins de huit ministres et se conclura par un discours de la chef du gouvernement, Élisabeth Borne, devant des dizaines d’invités.

L’objectif est ambitieux : réduire de 10 % la consommation énergétique de la France en deux ans. Si le plan s’est imposé au gouvernement en raison de la guerre en Ukraine et de ses répercussions sur le marché de l’énergie, il vise aussi à mettre en place des mesures pérennes pour réduire durablement les émissions de gaz françaises. effets de serre.

Ce plan « permettra d’éviter des mesures contraignantes » durant l’hiver à venir, mais « à plus long terme, la sobriété énergétique sera fondamentale pour atteindre nos objectifs climatiques », expliquait il y a quelques semaines Agnès Pannier-Runacher, qui organisait des groupes de travail au cours des trois derniers mois avec les différents secteurs concernés.

Ainsi, des rendez-vous thématiques se sont succédé tout au long de l’été : « Etat exemplaire », « Entreprises et organisation du travail », « Etablissements recevant du public et grandes surfaces », « Logement », « Collectivités locales », « Numérique et télécommunications », « Sports », « Transports » et « Industrie ».

C’est maintenant le temps des devoirs. L’enjeu est de taille pour le gouvernement puisque la présentation de ce plan sobriété sera un test de sa compréhension des enjeux et de sa volonté d’encourager de nouveaux comportements.

Déjà, les premières mesures sont connues, révélées mercredi par Le Parisien. D’abord, l’administration se veut « exemplaire », ce qui passera notamment par une coupure d’eau chaude dans les sanitaires des bâtiments administratifs, sauf dans les douches.

Chauffage à 19°C, eau chaude coupée, covoiturage

Le gouvernement veut aussi encourager le télétravail pour limiter les déplacements et réduire le chauffage dans les bâtiments, avec un maximum fixé à 19°C en journée, voire 18°C ​​en cas de tension sur les réseaux de gaz ou d’électricité.

Dans le monde du sport et des collectivités locales, un degré de moins dans les piscines sera demandé et le chauffage baissé dans les équipements, selon une source proche du dossier.

Le ministère de la Fonction publique annoncera également une augmentation de 15 % de l’indemnité de télétravail des agents, qui passerait de 2,50 euros à 2,88 euros par jour. Le gouvernement veut que les entreprises fassent de même.

>> A lire : Sobriété énergétique : comment ça se passe en France et ailleurs en Europe ?

Côté privé, le gouvernement veut encourager le covoiturage avec la distribution d’une prime offerte à chaque nouvel abonné à une plateforme de covoiturage, de 100 euros selon Le Parisien, un montant confirmé par le ministère de la Transition énergétique. Mais le ministère des Transports a indiqué mercredi soir que ce montant de 100 euros n’était pas encore fixé, et qu’il ne ferait partie que d’un plan sur le covoiturage qui serait présenté dans les prochaines semaines.

En matière d’éclairage, l’un des axes du plan sobriété dans les entreprises, un décret devrait être publié jeudi pour généraliser à tout le pays l’extinction des lumières des magasins entre 1h et 6h du matin, une interdiction qui avait jusqu’à présent des exceptions selon les taille des agglomérations.

>> À lire : Piscines, ski, industries… ces secteurs menacés par la hausse des prix de l’énergie

« C’est une bonne approche de prévoir de commencer la présentation du plan par des engagements de l’Etat, des collectivités et des entreprises avant de demander aux individus de faire un effort. C’est important que le message passe », juge Anne Bringault, coordinatrice du programme à Réseau Action Climat, invité à prendre la parole lors de la présentation du plan, jeudi après-midi, sur la question de la sobriété.

« Cependant, même si les mesures du gouvernement agissent sur les bons leviers, on reste sur l’incitation et la bonne volonté des particuliers, regrette-t-elle. Et surtout, aucun suivi n’est prévu pour savoir s’il y a un impact, vérifiez que les mesures fonctionnent. »

« Le gouvernement n’a pas encore pris la mesure des transformations à opérer »

Fidèle à sa philosophie en matière d’écologie consistant à responsabiliser les citoyens, l’exécutif a en effet refusé d’accepter toute obligation ou interdiction. Ainsi, dans le secteur des transports, qui représente 30 % des émissions de gaz à effet de serre de la France, un abaissement de la limitation de vitesse de 130 km/h à 110 km/h sur les autoroutes et de 110 km/h à 100 km/h sur les voies rapides a été jamais sur la table. Une telle mesure permettrait pourtant d’économiser 20% de notre consommation de carburant à chaque trajet, selon l’association négaWatt.

Dès lors, la question se pose : sans contrainte, la réduction de 10 % de notre consommation d’énergie sera-t-elle atteinte ? « Sans système de suivi des engagements et si on fait simplement appel à la bonne volonté des uns et des autres, cela risque de ne pas suffire », craint Anne Bringault, dont l’association, Réseau Action Climat, a publié mercredi ses résultats. huit conditions « pour un plan de sobriété efficace et juste ».

Les oppositions de gauche critiquent également ce manque d’obligations. Les groupes socialistes et écologistes à l’Assemblée nationale ont tous deux présenté mercredi leurs propres plans de sobriété. Le groupe Insoumis doit faire de même jeudi après-midi. Leur approche est similaire et parfaitement résumée par Jérémie Crépel, le secrétaire national adjoint d’Europe Écologie-Les Verts : « Pour le gouvernement, la solution est la responsabilité individuelle, pour nous c’est la responsabilité collective. »


Les écologistes proposent notamment « d’interdire les écrans numériques dans les espaces publics et l’éclairage nocturne des magasins », « de réduire la vitesse sur les routes », « de limiter légalement le chauffage dans les commerces et les bâtiments publics à 19°C », mais aussi « d’interdire d’ici 2025 l’usage du gaz dans l’industrie lorsqu’il est facilement remplaçable par des technologies renouvelables ». Les socialistes prônent pour leur part un « tarif social pour l’énergie minimale indispensable à une vie digne », et au-delà, « un tarif progressif pénalisant le gaspillage ».

Mais au-delà du débat entre incitation et obligation, c’est la notion même de sobriété qui pose question. « La sobriété, c’est la chasse au gaspillage, c’est l’attention au chauffage, à l’éclairage, ce n’est pas demander aux entreprises de baisser leur production ou leur activité », affirmait en septembre le ministre de la Santé. Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher.

Cependant, le gouvernement s’est engagé à réduire la consommation énergétique de la France de 40 % d’ici 2050 afin d’atteindre la neutralité carbone. Y parviendra-t-il sans baisse de production ? Impossible, répond Anne Bringault. « Cela montre que le gouvernement n’a pas encore pris la mesure des transformations à opérer, estime-t-elle. En fait, il va falloir consommer moins globalement : moins de viande, moins de textiles, moins d’objets de consommation nocifs pour le climat. produire moins. »



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